Transcriptions au format PDF en français / en anglais (Avertissement : Ceci est le fruit d'un travail bénévole et amateur, et ne constitue pas une publication officielle des auteurs originaux mentionnés ci-dessous, qui ne l'ont pas vérifié – validé.)
(Disclaimer: This is the result of a volunteer and amateur work, and does not constitute an official publication of the original authors mentioned below, which have not checked - validated it.)
En août 2014, Arnie Gundersen de Fairewinds Energy Education a été invité à s'exprimer sur le thème de l'énergie lors d'une conférence suivie par plus de 1.600 chiropraticiens près de San Francisco. Étant destinée à des personnes non-averties, le propos est simple d'accès, et s'il ne comporte pas de "nouvelles révélations inédites", il a le mérite d'aborder 4 grands thèmes couvrant certains problèmes majeurs de l'énergie nucléaire :
Les accidents nucléaires sont bien plus fréquents que promis.
D'un accident tous les 2.500 ans selon les prédictions officielles, donc jamais à l'échelle d'une vie humaine, on passe à un accident grave tous les 7 ans en moyenne selon l'historique des catastrophes nucléaires déjà survenues.
La gravité des accidents augmente avec le temps, au lieu de diminuer comme pourrait le laisser supposer l'expérience acquise et les progrès technologiques réalisés. - Three Mile Island : fusion partielle du cœur, contenue dans l'enceinte du réacteur. - Tchernobyl : fusion totale du cœur, n'ayant pas atteint la nappe phréatique. - Fukushima : fusion totale du cœur de 3 réacteurs, en contact direct avec les eaux souterraines et l'océan.
Bien que toujours très sérieux et non-totalement maîtrisé presque 4 ans plus tard, l'accident nucléaire de Fukushima aurait pu être encore bien pire. Seuls la chance et le courage des hommes alors présents sur les sites touchés par la catastrophe naturelle ont évité la destruction du Japon et la pollution radioactive de tout l'hémisphère Nord.
L'histoire le montre, les radiations ne connaissent pas de frontières.
Si les rejets radioactifs libérés lors de l'accident de Three Mile Island sont restés dans un périmètre relativement restreint grâce à des conditions météorologiques clémentes, la catastrophe de Tchernobyl a largement et sérieusement pollué certains pays européens, dont certains comme l'Allemagne l'Angleterre et la Suède subissent toujours presque 30 ans plus tard certaines restrictions alimentaires. Quant au désastre de Fukushima, des micro-particules chaudes de combustible nucléaire très radioactif ont été rapidement détectées jusqu'aux États-Unis, et comme celui de Tchernobyl, son panache radioactif a déjà fait plusieurs fois le tour de l'hémisphère Nord. Probablement plus grave encore, la contamination de l'océan Pacifique entier ne fait que s'aggraver chaque jour un peu plus à cause des centaines de tonnes d'eau qui se retrouvent en contact direct avec les cœurs des 3 réacteurs fondus, avant de se mélanger à la nappe phréatique et de finir dans le Pacifique.
Sources :
Article, vidéo, transcription, diaporama originaux en anglais et traduction japonaise sur le site de Fairewinds : The WAVE Conference
Recevant de nombreuses questions sur la situation à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, Arnie Gundersen, ingénieur en chef de Fairewinds, nous propose une visite du site en vidéo, combinant images satellite, animations 3D et photographies. Nous aurons ainsi une vision du site depuis la construction de la première unité, Daiichi 1, jusqu'aux 2 bâtiments les plus récents des unités 5 et 6. Nous verrons que dès la conception de la première unité en 1965, qui servira de modèle à ses trois voisines construites par la suite, les décisions maîtresses prises par les ingénieurs des sociétés General Electric et EBASCO, basées en premier lieu sur des considérations financières de réduction des coûts, scelleront dans le béton le sort du site et de la nation Japonaise entière, plus de 45 ans plus tard.
La visite commencera par le parc des citernes de stockage de l'eau contaminée, qui ne cesse de s'étendre. Là encore, des critères de prix de revient, commodément justifiés par des impératifs de délais de fabrication, grèvent lourdement la fiabilité des solutions retenues, et causent les problèmes de fuites de certains de ces réservoirs, détectées ces dernières semaines et mois. Transcription en anglais / en français (Aux dernières nouvelles, près de 150 réservoirs du modèle incriminé, prévu pour durer 5 ans, ne tiendront probablement pas leurs promesses avant de se mettre eux aussi à relâcher leur contenu fortement radioactif dans l'environnement.)
Nous irons ensuite faire le tour de chaque unité et bâtiment réacteur, en abordant les problèmes posés par les avaries qu'ils ont subies, les carences qui les ont causées et l'état plus ou moins précaire et instable dans lequel ils se trouvent. Les bâtiments turbines et la zone côtière où se trouvaient les pompes de refroidissement anéanties par le tsunami seront également abordées. Il sera ensuite question des projets de TEPCO quant au "mur de glace", destiné à isoler les sous-sols des bâtiments du reste du site. Malheureusement, n'ayant jamais été expérimenté à aussi grande échelle, sont efficacité n'est absolument pas garantie. Gundersen reviendra également sur son projet de tranchée remplie de zéolite au-dessus des bâtiments, qui aurait permis de rejeter les eaux souterraines directement dans l'océan alors qu'elles n'étaient pas encore contaminées. La visite se terminera par les plus jeunes unités du site, Daiichi 5 et 6, bâties plus haut et plus loin de l'océan, aveu silencieux des défauts de conception et de réalisation de leurs ainées.
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Pour complément d'information, voici une autre vidéo en deux parties de 13 minutes, que j'ai sous-titré voici 2 ans. Elle relate la construction de la centrale de Fukushima Daiichi, commencée en 1966.
Ken Buesseler est océanographe, maître de recherches en chimie marine et géochimie à l'Institut Océanographique de Woods Hole (WHOI), Massachusetts, et titulaire d'un doctorat en chimie marine obtenu via un programme joint du WHOI et du prestigieux MIT. Désireux d'intégrer le WHOI car c'est là que travaillent certains des pionniers étudiant les retombées radioactives des essais atomiques des années 60 dans les mers et océans, il y sera admis en 1986. Suite à l'accident de Tchernobyl cette même année, il restera à Woods Hole une fois son diplôme en poche, participant à des études immédiatement lancées sur les conséquences de certaines retombées de l'accident sur la Mer Noire. Il fera par la suite toute sa carrière à l'institut.
Dans cette vidéo de son intervention lors du symposium de New York en mars 2013, il
commence par nous présenter des données qui peuvent surprendre : les
radionucléides d'origine naturelle présents à très faibles pourcentages dans les mers et océans,
principalement le potassium 40 et l'uranium 238, représentent une
quantité globale 150.000 fois plus importante que celle des matières
radioactives crées par l'homme, tous chiffres confondus ! (accidents nucléaires, tests d'armes atomiques, rejets d'exploitation "normaux"). Il ne faut pas
oublier que notre planète est majoritairement composée d'océans, d'où ces chiffres plutôt impressionnants...
Il nous décrit ensuite l'expédition
qu'il a organisée suite à l'accident de Fukushima, pour aller relever
et confirmer les niveaux de contamination de l'océan, aussi près que possible de la centrale. Étudiant également les données
fournies par TEPCO, l'opérateur de la centrale détruite, ils trouveront des
chiffres alarmants pour les premiers jours des rejets dans l'océan :
plus de 50 millions de becquerels par mètre-cube. C'est 500.000 fois plus que les plus fortes
contaminations océaniques causées par l'accident de Tchernobyl. Ces
chiffres ont très rapidement décru, pour repasser après environ 6 mois
sous la barre des 8.000 becquerels/m3, limite tolérée pour l'eau potable
aux États Unis... Par contre, depuis, le niveau de contamination de
l'océan près du Japon ne baisse que très lentement, beaucoup moins vite
que prévu.
Cela indique clairement que depuis le début de l'accident,
une ou plusieurs sources de contamination de l'océan persistent. C'est
pourquoi la pêche reste interdite dans 5 préfectures, car les poissons, bien qu'ils éliminent la moitié du césium qu'ils absorbent en 50 jours
en moyenne, y dépassent encore la limite légale des 100 Bq/kg de
césium, principalement les poissons de fond et les poissons d'eau douce. En janvier 2013, pas de changements spectaculaires.
On apprend également que le césium et autres matières radioactives ont mis environ 1 an pour atteindre les 180° de longitude, la moitié du chemin vers les États Unis. Mais revenons à la vidéo du Dr Buesseler, un détail me chagrine.
À
partir de la seizième minute, il nous montre une animation simulant le
transport du césium radioactif émis par Fukushima à travers le
Pacifique, déterminé par un modèle informatique mis au point par des
scientifiques Japonais de la JAMSTEC (Agence Japonaisedes Sciences Terre-Meret de la Technologie, lien ci-dessous).
Comparons avec l'animation actuelle, proposée sur le site de la JAMSTEC.
Première
surprise, même s'il s'agit du même modèle JCOPE2 et du même élément
césium 137, à la même date d'arrêt que dans la vidéo soit le 30 avril 2011, la
forme du nuage proposé est différente.
Disons qu'en quelques mois, le modèle a évolué, que ce n'est de toutes façons qu'une simulation, que ce n'est donc qu'un détail.
Seconde
surprise, on voit ensuite dans la vidéo et dans le diaporama-support que les données de transport du
césium ont été compilées jusqu'au 16 juin 2012. Mais pourquoi la
simulation JAMSTEC au second plan est-elle pour sa part restée figée au
30 avril 2011 ?
Sur le site de la JAMSTEC, l'animation se déroule actuellement jusqu'au 14 juin 2012. L'animation complète était-elle indisponible au moment de la confection de ces planches ? Pourquoi alors ne pas l'expliquer en quelques mots ?
Ou
le Dr Buesseler a-t-il délibérément choisi de ne pas montrer d'images
trop "inquiétantes", comme la simulation de ce nuage de césium ayant
déjà franchi la moitié de la distance le séparant de la Côte Ouest de
son pays, représentée par le bord droit de ces images, dès août 2012 ?
Cette
dernière image serait-elle jugée un peu trop "anxiogène" ? Ou
susceptible d'être trop facilement mal interprétée, au niveau des
risques réels possiblement induits ?
En tous cas, l'arrivée des radionucléides de Fukushima sur les côtes Américaines est annoncée par certains pour 2014, si ce n'est avant. D'autres pensent que ce sera plus tardif, comme par exemple des scientifiques Allemands et Américains, qui tablent dans cette animation sur un délai de 5 à 6 ans. Mais dans les 2 cas, bien que n'étant pas moi-même scientifique, il me semble qu'il y a plusieurs raisons de ne pas prendre ces estimations pour argent comptant :
- Il s'agit de travaux effectués bien avant de connaître les estimations actuelles sur les valeurs et durées des rejets radioactifs maritimes de Fukushima. - Il s'agit de déplacements à la surface de l'océan. Qu'en est-il des courants sous la surface, causant un brassage complexe et certainement non négligeabledes masses d'eau ? - Les radionucléides sont souvent des éléments lourds, qui finissent par se déposer sur les fonds marins et s'y incorporer. Ils ne vont certainement pas rester à flotter en surface indéfiniment.
Tôt ou (trop) tard, nous aurons les réponses à ces interrogations ...
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Depuis
cette intervention de Ken Buesseler au symposium, 5 mois se sont écoulés, et depuis quelques semaines, Fukushima a refait surface dans
les médias :
Augmentation continuelle des taux de radioactivité dans les
eaux souterraines au niveau de la centrale. Alors qu'on ne parle le plus souvent que du césium, de forts taux de strontium et de tritium sont également signalés. Problème : le strontium n'est pas éliminé facilement par l'organisme, mais à tendance à s'accumuler dans les os. Le tritium est quant à lui un isotope radioactif de l'hydrogène, qui peut prendre la place d'un atome d'hydrogène normal dans les molécules d'eau, qui devient ainsi radioactive ("eau super-lourde" ou tritiée). Résultat, il est pratiquement impossible de l'éliminer, on ne peut pas filtrer l'eau contenue dans l'eau ! Le 29 août, TEPCO annonce qu'au niveau du réacteur 1, le taux de tritium dans l'eau souterraine a pratiquement doublé en deux semaines.
D'après les aveux de
l'exploitant TEPCO, depuis le début de l'accident, c'est par centaines de mètres-cubes quotidiens que les eaux souterraines dévalent sous les bâtiments,
y pénètrent par les soubassements transformés en passoires, se
mélangent aux dizaines de tonnes d'eau injectées chaque jour pour refroidir ce qui reste des
réacteurs, se contaminent très probablement au contact des coriums issus
de la fusion des coeurs des réacteurs, et s'en échappent pour aller se
déverser naturellement dans l'océan.Un ingénieur-expert, membre de
la commission d'enquête indépendante du Parlement sur l'accident de
Fukushima, estime qu'en novembre 2012, c'était près de280
pétabecquerels de césium 137, soit 40% du contenu des réacteurs, qui
s'étaient échappés dans les soubassements des bâtiments réacteurs 1, 2 et
3. Une quantité de
2,5 à plus de 3 fois les rejets de l'accident de Tchernobyl. D'après vous, que devient ce césium, soluble dans l'eau ?
Pour faire bonne mesure, on nous
annonce que fuyant probablement depuis plus d'un mois, un réservoir
parmi 350 autres d'un même modèle "économique" prévu pour
tenir 5 ans, a laissé échapper 300 tonnes
d'eau fortement radioactive, causant un nouvel accident classé officiellement d'abord au niveau 1, puis au niveau 3 de l'échelle INES.
Ensuite, ce réservoir défectueux ainsi que 2 autres avaient précédemment été montés à un autre endroit, puisqu'ils sont constitués de plaques d'acier de 16mm boulonnées avec des joints caoutchouc. Mais en juillet 2011, alors que des ouvriers les avaient remplis d'eau pour un test d'étanchéité, le sol s'est affaisé d'une vingtaine de centimètres, et leur assise en béton s'est fissurée.
Précisons qu'un de ces réservoirs plein représente 1.000 m3, donc 1.000 tonnes en négligeant le poids du réservoir lui-même. La surface au sol est d'environ 450m2 par réservoir, ce qui nous donne 2,2 tonnes/m2. (Tout ça repose sur une dalle en béton de 20cm d'épaisseur NON armé, coulée sur une couche d'un mètre d'épaisseur de sol "amendé", c'est à dire mélangé à du ciment...) Il est donc probable que ces réservoirs ont été déformés même de façon minime lors de cet incident, voir détériorés au montage-remontage à cause de ces mêmes déformations. Mais TEPCO ne va pas gaspiller ainsi 3 réservoirs, alors qu'il peut ordonner qu'on les réutilise !
Autre détail intéressant, tous ces réservoirs n'ont pas leur propre jauge de niveau, seul 1 sur 5 en est équipé, ceux marqué d'une ✰ sur le schéma. Ces réservoirs sont donc également raccordés entre eux par groupe de 5 à une canalisation principale. Or, il se trouve que le réservoir ayant perdu 300 m3 d'eau fortement radioactive, entouré d'un cercle rouge, n'est PAS équipé d'une jauge, qui se trouve installée sur un autre du groupe de 5. Mais attendez... Réservoirs connectés ensemble par groupe de 5, une seule jauge... Comment TEPCO fait-il pour déterminer qu'un réservoir sans indicateur de niveau, et uniquement ce réservoir-là, connecté à 4 autres identiques, a perdu 300 m3 d'eau ?! Manifestement, on ne peut pas raccorder la jauge à chacun des 5 réservoirs du groupe au choix, par une sorte de vanne de sélection, puisque TEPCO annonce qu'il va maintenant équiper tous les réservoirs d'un indicateur de niveau. D'autre part, bien que l'on puisse selon les photos disponibles isoler chaque réservoir de ses voisins par des vannes, si une fuite est détectée sur un réservoir sans jauge, cela n'indique-t-il pas que c'est au minimum tous les réservoirs du groupe situés entre la fuite et la jauge qui ont baissé de niveau, selon le principe des vases communicants ? Ici, pas de chance, le réservoir fuyard est à l'opposé de la jauge dans le groupe, ce seraient donc les 5 réservoirs qui seraient concernés, donc 300 m3 à la jauge x 5 = 1500 tonnes d'eau fortement radioactive ! Mais comme d'habitude, pas moyen de connaître le fin mot de l'histoire, faute d'informations suffisantes et fiables.
Plusieurs médias japonnais dont l'Asahi Shimbun, le Mainichi, la NHK, annoncent ce 1er septembre que d'autres fuites sur des réservoirs de ce type viennent d'être découvertes en quatre endroits, avec une radioactivité entre 70 et 220 mSv/h. On annonce également une valeur maxi de 1.8 Sv/h, mais attention ! Il s'agit alors de "dose équivalente" de rayonnement bêta au niveau de la peau à une distance de 70 µm, soit pratiquement au contact. Certes, c'est environ 3,5 fois la dose maximale admissible, mais en terme de dose efficace couramment employée, ça ne représente que 18 mSv/h, comme l'explique Ultraman sur son blog. De nombreux médias (et moi au départ) sont tombés de le panneau, n'ont pas vérifié ce qu'avait effectivement annoncé TEPCO, et pour faire dans le sensationnel, on parlé d'un humain à proximité qui serait tué en 4 heures... C'est faux. Du coup, TEPCO se fend rapidement d'une mise au point. Cela semble leur être beaucoup plus facile quand ça les arrange, non ?
Une autre couennerie info sensationnelle : L'océan à Fukushima bout à cause des rejets radioactifs !! Oui oui, vous avez bien lu ☹ ... Un grand bravo à la BBC qui relaie sur son site web la terrible nouvelle publiée par La Voix de la Russie. Bien entendu, au moment de vérifier sur le site de la BBC quelques heures plus tard, l'article a disparu ! Par contre, l'article de La Voix de la Russie existe encore au moment ou j'écris ces lignes. S'il disparait également, cliquer sur ce lien pour une capture d'écran de l'article.
Avec l'espoir illusoire
d'empêcher l'eau fortement contaminée de se déverser dans l'océan (ou acculé par la pression
des événement à l'obligation de "faire quelque chose"), TEPCO a essayé plusieurs choses :
Construire une système de contournement, constitué de forages et de pompes au dessus de la centrale, destiné à détourner le flot des eaux souterraines avant qu'il n'atteigne les bâtiments, et soit stocker cette eau dans des réservoirs, soit la rejeter dans l'océan suivant son niveau de contamination. Cela semble n'avoir eu aucun effet.
Bâtir un mur étanche entre la mer et les réacteurs.
Solidifier le sol par injection de produits chimiques entre le réacteur 1 et la mer.
Réaction de TEPCO : "On n'utilisera plus ce puits de contrôle, mais un autre" !
Ça ne vous rappelle rien, quand certaines sondes de surveillance de température des réacteurs en ruine indiquaient des valeurs en hausse un peu trop dérangeantes, et étaient déclarées défectueuses ?
Il y a un peu plus d'un mois, avant ce flot de mauvaises nouvelles concernant les émissions de Fukushima Daiichi dans les nappes phréatiques et dans l'océan, Buesseler et d'autres scientifiques pensaient que sauf à proximité de Fukushima où la pêche et la vente des poissons locaux restent interdites (pour un temps... indéterminé), les produits de la mer "ne représentent pas de risques immédiats pour la santé humaine". (Hum, voilà une formule hélas connue, et qui sonne très désagréablement à l'oreille, n'est-ce pas ?) Il se disait également que les radionucléides de Fukushima devant parvenir jusqu'à la Côte Ouest des États Unis via le Pacifique seront présents en quantités infimes. Et que les grands poissons migrateurs comme le thon, auront eu le temps de se débarrasser de la plupart de la contamination qu'ils auraient pu absorber près des côtes japonaises.
Il y a un peu plus d'un mois ... Avant les élections au Japon, où le parti libéral-démocrate du Premier ministre Shinzo Abe a gagné le pouvoir dont il avait besoin. Le pouvoir, entre autres, de décréter si nécessaire une conscription pour alimenter Fukushima Daiicihi en main-d'oeuvre. Le pouvoir de modifier la constitution du Japon, pour lui redonner une vraie armée et non plus simplement une "force d'auto défense" concédée par les Américains après leur capitulation en 1945. Et de doter cette armée de l'arme nucléaire, pour se défendre des méchants chinois et de la Corée du Nord ... Faut-il vraiment avoir l'esprit retors pour penser que c'est une bien grand coïncidence que les mauvaises nouvelles venant de Fukushima aient commencé à pleuvoir juste après ces élections victorieuses, et que des révélations plus précoces auraient bien pu mécontenter les électeurs potentiels ? C'eût été dommage, n'est-ce pas ? Maintenant, sous les pressions internationales grandissantes, le gouvernement japonais promet qu'il va prendre les choses en main, et régler les problèmes. Après deux ans et demi, où ils ont laissé la bride sur le cou à TEPCO. On y croit. Le METI (Ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie), les anciens acolytes de feu la NISA, l'ex autorité de régulation du nucléaire, commencent par se discréditer un peu plus en tapant sur le dos de travailleurs de Fukushima, "qui ne travaillent pas assez dur" !
Et on promet de considérer les offres d'assistance internationales, de mieux communiquer à propos de Fukushima. On y croit. Le 14 août, la Corée du Sud adresse une demande officielle au gouvernement Japonais concernant la situation exacte à Fukushima Daiichi concernant les multiples fuites radioactives dans l'océan. Pas de réponse. Le samedi 24 août, nouvelle demande de la Corée pour obtenir les données demandées. Le mardi suivant, la Corée annonce avoir reçu comme réponse du Japon "Il est difficile de préparer rapidement les données techniques demandées." (*) Pendant ce temps, le Premier ministre Abe fait la tournée du Moyen-Orient pour entre autres promouvoir les produits alimentaires et la technologie nucléaire du Japon, espérant booster ses exportations. Il ira même jusqu'à proposer de l'aide au Qatar et au Koweït en cas de problème nucléaire chez les nations voisines comme l'Iran ... Pendant ce temps, le gouverneur de Tokyo, se sentant probablement bien à l'abri du Kuroshio censé contenir la radioactivité dans l'océan au nord, annonce que "La contamination de l'océan par Fukushima n'affecte pas la candidature de la ville de Tokyo pour accueillir les Jeux olympiques en 2020". Pour lui, le principal problème, ce sont les rumeurs néfastes ...
Là où j'habite, on dirait "Fukushima, aquo ba pla !" Traduisez par "Fukushima, tout va bien !"
N'est-ce pas exactement ce que semblait penser le 28 août dernier Mr Shunichi Tanaka, directeur de la NRA, l'Autorité de Régulation du Nucléaire japonaise ? (Lien vers l'article)
"Il y a un problème à venir encore plus important que les fuites de réservoirs actuelles : des quantités énormes d'eaux souterraines contaminées rejoignent l'océan. Mais ce problème ne peut même pas être classifié sur l'échelle de gravité INES car personne ne sait exactement combien d'eau souterraine s'échappe, à quel point elle est contaminée et quels sont ses effets sur l'océan et les produits de la mer. [...] Je suis choqué."