jeudi 22 août 2013

Tchernobyl, Fukushima et autres lieux contaminés : conséquences biologiques - Dr T. Mousseau 11.03.13

Timothy Mousseau est titulaire entre autres d'une maîtrise en zoologie et d'un doctorat en sciences biologiques obtenu en 1988, après quoi il a complété une bourse post-doctorale de deux ans en biologie des populations. Depuis 1991, Il est professeur au département des sciences biologiques de l'université de Caroline du Sud. Auteur de plus de 140 publications scientifiques et de 2 livres, il  travaille depuis 1999 avec ses collègues, dont principalement le Dr Anders Møller, directeur de recherche pour le CNRS à l'université de Paris-Sud, sur les conséquences biologiques et évolutionnistes des contaminations radioactives des régions de Tchernobyl en Ukraine et maintenant Fukushima au Japon.


(36'36'' En st Fr) - Télécharger la vidéo (254 Mo)

Dans cette vidéo de son intervention lors du Symposium de New York de Mars 2013, le Dr Mousseau nous parle des travaux entrepris avec ses collègues, des méthodes et moyens employés, d'abord à Tchernobyl, puis à Fukushima dès l'été 2011, ainsi que des buts poursuivis : déterminer les conséquences écologiques et au niveau de l'évolution des espèces de l'exposition aux contaminations radioactives de populations d'insectes, oiseaux et mammifères, à Tchernobyl et à Fukushima.

Diaporama en anglais / en français
Transcription du discours en anglais / en allemand + anglais / en français

Il nous fait également part des résultats de ses recherches, fruits de 1600 inventaires détaillés sur le terrain :
  • Augmentation significative des dommages génétiques, directement proportionnelle aux niveaux d'exposition aux contaminants radioactifs.
  • Taux accrus de malformations et anomalies du développement
  • Taux de fertilité réduits
  • Durées de vie réduites
  • Tailles des populations réduites
  • Biodiversité en régression, extinction locale de certaines espèces
  • Transmission des mutations au fil des générations, avec phénomène d'accumulation
  • Migration des mutations vers des populations non exposées par effets de proximité

Grâce à ce travail remarquable et courageux de pionniers, le Dr Mousseau et ses collègues nous démontrent que sur le terrain, on est bien loin de la légende prétendant que la zone interdite de Tchernobyl est devenue un Éden florissant, un refuge pour la vie sauvage, propagée par le Forum de Tchernobyl, les instances pronucléaires et certaines sources peu scrupuleuses.
De fait, il existe dans la zone de Tchernobyl des périmètres étonnement préservés de la contamination, présentant même une radioactivité de fond deux fois moindre que celle du célébrissime Central Park à New York ! Du fait de l'interdiction de chasse et de présence humaine, certaines espèces peuvent donc s'y multiplier. Mais ailleurs, Tchernobyl est globalement un désastre écologique. Voilà qui remet de nouveau en question la théorie controversée de l'hormésis, c'est à dire des effets non seulement inoffensifs, mais même bénéfiques, des faibles doses de radiations !

Pour Fukushima, les premières observations montrent un impact plus fort de la radioactivité qu'à Tchernobyl, sans que l'on puisse encore en déterminer la ou les raisons exactes. Manque de résistance des organismes non préparés à cette brutale hausse de radioactivité ? Sensibilité supérieure à ses effets ? Ou les créatures de Tchernobyl auraient-elles été capables de développer une certaine adaptation, une résistance aux radiations ? À moins que depuis plus de 25 ans, un phénomène de sélection naturelle n'y ait laissé survivre et se reproduire que les individus et espèces les plus résistants ? C'est sur ces questions que portent les études actuelles du Dr Mousseau et ses collaborateurs.

Comme nous le rappelle en conclusion le Dr Helen Caldicott, il ne faut que quelques années pour que l'être humain montre les mêmes altérations génétiques et anomalies de développement que celles observées ici, comme c'est déjà clairement visible dans certains cas en Russie ou en Suède, suite aux tragédies de Mayak et Tchernobyl ...

Au moment de la rédaction des ces lignes, deux ans et demi après la catastrophe nucléaire, les autorités japonaises viennent d'annoncer les chiffres suivants, pour les enfants de la préfecture de Fukushima :
  • 18 cas de cancers de la thyroïde avérés après chirurgie
  • 25 cas de tumeurs malignes suspectées, en attente d'intervention
  • Plus de 58% des enfants examinés présentent des nodules de la thyroïde jusqu'à 5 mm ou des kystes jusqu'à 20mm.

Selon une étude (télécharger le PDF) évidemment contestée de Toshihide Tsuda, professeur d’épidémiologie environnementale à l’Université d’Okayama, ces chiffres représentent une incidence annuelle plus de 31 fois supérieure à la "normale". Une progression beaucoup plus forte et rapide que ce qu'on a pu voir en Union soviétique à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. Le Pr Tsuda reconnait toutefois que ses résultats ne doivent pas être pris au pied de la lettre, un "biais" ayant pu être introduit par les processus intensifs de dépistage qui ont eu lieu au Japon, permettant probablement de déceler des cas qui auraient sinon été ignorés, ou découverts beaucoup plus tard.
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Ressources complémentaires :

  • Tchernobyl, le vivant s'en souvient


  • (1h38'40'' Fr) - Télécharger la vidéo (1513 Mo)

    Voici une conférence d'octobre 2014 du Professeur Anders Pape Møller, Directeur de Recherche au Laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution, Université Paris-Sud XI-AgroParisTech, CNRS.
    Presque 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl, est-il possible de démontrer les effets nocifs des radiations sur les organismes vivants, y compris les humains ? Depuis 1991, il a en tant que membre d'une équipe de scientifiques étudié les effets à long terme des rayonnements ionisants sur les bactéries, les plantes et les animaux. Ces effets comprennent une augmentation des fréquences de mutations, des anomalies, des cataractes et des tumeurs, une baisse de la reproduction et de la survie, une réduction de l'abondance et de la diversité des plantes et des animaux, la perturbation des services écosystémiques tels que la prédation, la pollinisation ou la décomposition. Leurs dernières études à Fukushima montrent des effets similaires à ceux de Tchernobyl. Aussi, plutôt que les effets invisibles de la radioactivité, son intervention va s’attacher à montrer comment ils peuvent rendre visible l'invisible.

  • Tchernobyl, une histoire naturelle ?


  • (1h30'14'' Fr) - Télécharger la vidéo (987 Mo)

    Ce documentaire de Luc Riolon, diffusé par Arte en juin 2010 et août 2012, a suscité de nombreuses polémiques, du fait qu'il soutient la thèse d'une embellie de la vie sauvage dans la zone interdite de Tchernobyl et de l'effet hormésis. Voici son descriptif original :
    "Comment la nature reprend ses droits dans la zone interdite entourant la centrale nucléaire de Tchernobyl. Une passionnante enquête sur une énigme scientifique. Vingt-quatre ans après l'explosion du réacteur n° 4, le 26 avril 1986, la "zone interdite" instaurée dans un rayon d'une trentaine de kilomètres autour de la centrale nucléaire offre la vision idyllique et paradoxale d'une nature préservée des ravages de la civilisation. Ce territoire où les radionucléides se sont dispersés irrégulièrement, avec l'explosion et l'incendie qui a suivi, est aussi devenu un vaste laboratoire à ciel ouvert, où les scientifiques étudient sur le long terme, en situation réelle, les effets de la radioactivité de faible dose sur les organismes vivants. Pourquoi certains oiseaux meurent-ils prématurément, pourquoi la croissance des pins est-elle perturbée, alors que mulots ou peupliers semblent en pleine santé ? Les espèces ne sont apparemment pas égales devant ces radiations : les résultats des recherches sont contrastés, troublants, révélant la complexité du monde vivant."

  • "La radioactivité est un gros mot"
  • Court entretien avec le réalisateur Luc Riolon, par le magazine web "Les yeux rouges"
    (Télécharger le PDF)

  • Tchernobyl, une histoire pas si naturelle que ça
  • Je vous conseille vivement la lecture de cet article de Pierre Fetet sur le Blog de Fukushima, où il analyse et commente le documentaire en question, et mentionne également les réactions du Professeur Michel Fernex, du Professeur Jacques Foos, d'Yves Lenoir, Bella Belbeoch et Yohann Moreau. Voir également dans les commentaires de l'article la réaction de Luc Riolon lui-même.

  • Accumulation transgénérationnelle des dommages radiologiques chez les petits mammifères
  • Voici une étude de deux généticiennes de l'Académie Nationale des Sciences du Bélarus, Nadezhda I. Ryabokon et Rosa I. Goncharova, traduite en Français par François Gillard, merci à lui. Cette étude montre qu'à l'appui des observations du Dr Mousseau, les dommages génétiques dus à une exposition chronique à des contaminants radioactifs peuvent s'accumuler au fil des générations et se transmettre à des individus non soumis eux-mêmes à la radioactivité.

    Bien que ce ne soit pas spécialement abordé dans la vidéo du Dr Mousseau, son équipe et lui ont également étudié la condition de groupes d'enfants du Bélarus, car malheureusement, l'être humain fait aussi immanquablement les frais de l'exposition radioactive même à faible dose. Voici donc deux documents qui abordent ce point.

  • L’Instabilité génomique après Tchernobyl, pronostic pour les générations futures - Rosa Goncharova 2005
  • La catastrophe de Tchernobyl, conséquences sur la santé humaine - Greenpeace 2006

  • Et enfin, un article intéressant ou T. Mousseau et A. Møller nous présentent 10 questions gênantes à propos des accidents nucléaires, et leurs réponses (En + Fr) :

  • Questions gênantes suite aux accidents nucléaires de Fukushima et Tchernobyl

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    Sources et crédits :
    Vidéo originale et diaporama (archive webcast)
    Vidéo par ERF2012 / Cinema Forum Fukushima / East River Films 
    Traduction Française du diaporama par mes soins
    Version Française de la transcription vidéo par mes soins d'après la traduction de R & F Gillard
    Version Anglaise et Allemande de la transcription vidéo par Afaz.at
    Édition et sous-titrage de la vidéo en Français par mes soins.
    Portail web du Dr Mousseau (En)
    Publications du Dr Mousseau (En)
    Présentation du Pr Møller (Fr -En)
    Vidéo Universcience "Tchernobyl : le vivant s'en souvient" (Fr)
    Documentaire "Tchernobyl, une histoire naturelle ?" en vente sur le site d'Arte
    Thyroid Cancer Detection by Ultrasound Among Residents Ages 18 Years and Younger in Fukushima, Japan: 2011 to 2014.


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    Fukushima - Que savaient-ils et quand ? - A. Gundersen 11.03.13 from Kna60 on Vimeo.